Libre propos : Cette affaire-là

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Par Michel-Philippe Nze

Depuis plusieurs semaines, la blogosphère et les réseaux sociaux ainsi que certains journaux locaux ont relayé des informations faisant de l’imminence d’attaques islamistes sur le sol gabonais. Une menace sérieuse à n’en pas douter que les uns et les autres à leur niveau de responsabilité ont sans doute pris en compte en prenant les dispositions requises en de telles circonstances.

Là n’est cependant pas l’objet de mon propos. En effet ce qui m’amène à m’exprimer sur la question, c’est non seulement la confusion qui entoure les annonces de cette menace djihadiste, mais aussi la qualité des locuteurs qui en font état. Nombre d’entre eux se retrouvent dans la nébuleuse d’activistes proches de l’opposition qui semblent en faire un argument de déstabilisation du pouvoir en place. Dans une dramaturgie calculée, leurs alertes répétées en direction des populations mélangent les critiquent à l’endroit du pouvoir l’accusant d’être à l’origine de ces éventuelles attaques terroristes par le fait d’une islamisation forcée du pays. Selon eux Ali Bongo Ondimba tout comme son prédécesseur et père Omar Bongo Ondimba seraient les responsables de cette situation en raison de leur conversion à l’Islam. Tout un programme.

Loin de contester le rôle qu’ont eu les deux Chefs d’État dans la conversion de nombreux compatriotes à la religion musulmane, on ne peut que sourire face au lien qui existerait entre la présence d’une forte minorité musulmane au Gabon et l’éventualité d’attaques islamistes dans le pays.
Le moins qu’on puisse reprocher à nos lanceurs d’alerte, c’est qu’ils n’arrivent à cacher leurs arrière-pensées politiciennes ; ce qui réduit d’autant la portée de leurs annonces alarmistes. On serait même tenté de croire que l’objectif qu’ils visent n’est pas tant d’avertir les autorités par rapport à risque que de créer la psychose au sein de la population, respectant en cela leur consigne de créer l’instabilité par tous les moyens disponibles.

Alors, qu’est-il au juste de cette menace d’attentats islamistes au Gabon ? Afin de répondre à cette question, il serait judicieux de convoquer l’histoire des conquêtes musulmanes puis européennes en Afrique noire. A la lumière de ces récits, on remarque très aisément qu’autant Ousmane Dan Fodio qu’Abdel Kader Senoussi, les deux djihadistes esclavagistes qui se sont aventurés dans la zone sahélienne se sont arrêtés l’un et l’autre à l’orée des régions densément forestières d’Afrique se limitant aux territoires semi-désertiques du nord-Cameroun et du Tchad dont les parties méridionales respectives sont restées animistes jusqu’à leur conversion forcée au christianisme par les missionnaires européens.

Au vu de ce qui précède, nous pouvons présager que les forêts denses du bassin du Congo dont celle du Gabon sont autant d’obstacles à l’implantation d’une cellule djihadiste dans ce pays. Elle n’offre pas en tous cas, des possibilités stratégiques aux éventuels djihadistes dont la plupart sont plutôt habitués à des théâtres d’opération en milieu désertique et sahélien. De plus, où pourraient-ils se replier après chaque attaque, cernés qu’ils seraient par des pays hostiles où ils ne pourraient bénéficier du soutien de populations avec lesquelles ils n’ont aucune affinité culturelle ? Leur marge de manœuvre serait nulle, si par miracle ils parvenaient à frapper en milieu urbain et qu’ils devraient se retirer sur leur base de repli. Parmi les voisins du Gabon, qui, du Congo Brazzaville, du Cameroun ou de la Guinée équatoriale leur offrirait une profondeur stratégique sur son territoire sans se mettre lui-même en danger ?
Les terroristes islamistes sont certes réputés suicidaires, mais ils ne se risqueraient pas aussi loin de leurs bases arrières en terrain inconnu. Il n’est cependant pas exclu que de parfaits criminels bien de chez nous profitent de la menace ainsi brandie pour brouiller les pistes en s’attaquant à des cibles publiques. C’est peut-être là aussi le but caché de ceux qui crient au loup. Qui sait ?

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