Histoire des nations : Gabonais, où es-tu ?

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“Indépendant, c’est croire d’abord en soi plutôt que d’espérer en permanence le regard ou la bénédiction de l’autre ; être indépendant, c’est arrêter d’attendre la vérité des autres. Car la vérité du Gabon, c’est d’abord celle des Gabonais. Etre indépendant, c’est avancer à notre manière et à notre rythme sans répondre aux canons fixés par les arbitres des élégances démocratiques ou économiques…” Ali Bongo Ondimba.

L’on est mieux servi que par soi-même. La démocratie, c’est un euphémisme, est l’expression du peuple. Celle que (re)vit le Gabon depuis l’après-conférence nationale, se décline comme un produit d’exportation. On donne la paternité du renouveau démocratique au Discours de La Baule. Pourtant, le Gabon a été traversé par une saison politique intense sous Léon Mba. Multipartisme et débat parlementaire ont marqué une période brutalement interrompue par la politique politicienne. Démocratie dévoyée. Ce que voyant, le successeur de Léon Mba a coupé le mal à la racine. Les évènements postélectoraux en 2016 illustrent notre propos. Ceux des compatriotes qui ont des bribes de l’histoire tumultueuse du Gabon postindépendant ont le loisir de plonger dans les méandres d’un cheminement d’une nation en quête de paix, de liberté et de développement.

Dans son adresse à la nation, le chef de l’Etat s’est cristallisé sur l’indépendance. Plusieurs étapes marquent celle-ci. Il en va de même des étapes de la vie d’un être humain. Un enfant devient un adolescent, puis un adulte. Le Gabon est passé, à l’instar des autres Etats, de l’indépendance formelle, celle du transfert de la souveraineté et de son adhésion aux Nations unies, à celui qui occupe une place dans le concert des nations. Principe tiré de l’autodétermination, laquelle offre à tout pays indépendant d’opter pour la politique qui lui convient. Le Gabon aurait pu embrasser, à un moment de son histoire, le marxisme-léninisme. Nombre de pays du continent l’ont fait. Avant ou après la chute du communisme, ils ont changé de voie. L’autodétermination, on en parle de moins en moins dans les relations internationales, est une clé mal maitrisée. Elle ne se revendique pas uniquement par les pays entièrement ou partiellement dépendants.

La chute du Mur de Berlin était annonciatrice de bouleversements sur la planète. Pour certaines puissances occidentales, l’heure était venue pour solder leurs comptes. Dans le collimateur, l’ex-empire colonial français d’AOF et d’AEF, puis le Maghreb et les monarchies arabes. S’agissant de l’espace francophone, le Discours de La Baule a force de loi puisque les pays qui ne se seraient pas plié à la démocratie seront mis au ban de l’humanité ! Allez expliquer cela aux paysans ! Avant l’arrivée des Blancs, le modèle d’organisation du village était de type sociétal. Pour dire simple, le socialisme à l’état rudimentaire. Ceux qui ont systématiquement saccagé l’Afrique des années 1900, reviennent, un siècle plus tard, discourir sur les vestiges de l’histoire et la préhistoire ! Les Blancs sont tombés sur la tête…

« Plus question de transférer notre modèle en Afghanistan. La nouvelle méthode est la guerre totale. » C’est — de mémoire — les propos du chef de la Maison Blanche. La nouvelle stratégie contre les talibans est un remake de la série Rambo I et II. Jusqu’à la présidence de Barack Obame, les USA menaient une guerre propre, coûteuse et hélas trop longue. Donald Rambo a trouvé la bonne formule : augmentation des troupes à Kaboul, frappes massives et, surtout, ne rien dévoiler du mode opératoire ni avant ni après. Autrement dit, la guerre, la guerre, la guerre. Moralité : les USA voulaient écraser la révolte afghane et imposer la démocratie. La démocratie ? Ce n’est pas la peine, s’insurgent les Trump-boys. Parmi ces gens-là, la majorité ignore jusqu’au mot démocratie.

L’avènement d’Emmanuel Macron est un séisme dans l’Hexagone. Tous les états-majors politiques se sont remis à leurs chères études. Les blocs mythiques de gauche et de droite n’en sont pas sortis du vertige d’une présidentielle effrénée et mortifère. Même au centre, on revoie ses notes. Les universités d’été de La Rochelle annulées, le PS est le groggy numéro un. Faut-il vendre le siège du parti, rue Solferino ? Les cogiteurs mâchent du chewing-gum. Retour à 2016. Présidentielle au Gabon. Le PS persifle par la voix de son tout-puissant SG. On jette l’opprobre sur l’organisation du scrutin. On prépare le terrain à une certaine commission de l’UE…

Seule l’histoire vraie rétablira la vérité des nations. Or, colon et colonisé, tous deux sont des analphabètes. Le premier, paré des oripeaux d’arrogance et d’esbroufe, a “fabriqué” une histoire à l’usage du colonisé. Le Gabon, né en 1960, n’a de passé que cinq grands axes : fin XVe siècle, naissance du territoire ; 1839, Bouët Willaumez signe le traité franco-gabonais ; 18 juillet 1842, Bouët Willaumez donne naissance à Libreville, le dote d’un conseil municipal (maire : Mountié ; adjoint Pilate) ; 1888, colonie du Congo-Gabon, capitale Libreville ; 1904, transfert de la capitale à Brazzaville. Un territoire, un pays, un Etat, une Nation, des étapes cruciales et pérennes zappées. C’est l’Afrique !

Douce France, belle et haletante histoire. Jugez-en par ce raccourci. La France, née au 5e siècle, était dirigée par le roi des Francs. La 1ère République est instaurée en 1792 pour trois ans. Bonaparte fait le premier coup d’Etat — tiens ! — et devient le 1er Consul de France. 1814-1815 : Napoléon sacré empereur du 1er Empire. Avènement de Napoléon II. 1848 : 2e République dirigée par Louis Napoléon Bonaparte. 1851 : 2e Empire. Coup d’Etat — tiens, tiens ! —, avènement de Napoléon III. 1870-1871 : 3e République. Premier gouvernement d’Adolphe Thiers. Cette histoire-là, des Français de France l’ignorent. Jusque dans les hautes instances qui passent leur temps à donner des leçons aux Africains. Au fait, après la révolution de 1789, une seconde est survenue. En 1824-1830, sous la Restauration, Louis XVIII est renversé par la deuxième révolution (27, 28, 29 juillet) Louis-Philippe devient roi des Français, ce qui ouvre la voie à la 2e République. Du 5e siècle au XIXe siècle, on est passé du roi des Francs au roi des Français. Dans cette longue et tumultueuse histoire, avez-vous entendu parler de pays tiers ? Avez-vous entendu parler d’Anglais, d’Italiens, de Belges, d’Espagnols et le reste faisant des pressions sur la construction de la démocratie française ? Point d’arbitrage des « élégances démocratiques » venues d’ailleurs !

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