Réguler ou juger ?

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fac cnc

Tout le problème est-là. Quel est le rôle constitutionnel du Conseil national de la communication: réguler ou juger? Pour nous, réguler la communication écrite consiste à respecter les règles de déontologie et d’éthique. Autrement dit l’observation stricte des devoirs et obligations liées à la profession. Quant à l’éthique, elle est liée aux valeurs que notre métier doit promouvoir. Ainsi une autorité a reçu la charge constitutionnelle de veiller au respect de tout ce qui précède.
Comment alors savoir concrètement si un journaliste a fait inobservation des règles déontologiques et d’éthique par la simple publication des faits incontestés et incontestables? Lorsque ces faits froissent l’honneur, la dignité ou les intérêts matériels ou politiques d’un individu, peuvent-ils être considérés comme des manquements au sacro-saint respect des règles déontologiques et d’éthique ?

 En clair, et parce qu’il n’est tenu qu’à la sacralité des faits, le journaliste doit-il s’en tenir à son devoir de vérité? Le journaliste doit-il dire la vérité malgré tout? La vérité est-elle au-dessus de la déontologie et de l’éthique? La vérité est-elle compatible à la déontologie et à l’éthique? Un débat que le Code de la communication a eu le bon réflexe d’évacuer à travers ses articles 24, 25, 26, 27 et 28.

Enfin, « La Griffe », par les faits allégués, a-t-elle dit la vérité? Si oui, sur quelle valeur le CNC peut-il déjà préalablement juger que nos éléments constituent des faits « diffamatoires » et de surcroit « dénués de tout fondement »? La réponse se trouve dans le paragraphe précédent: notre article a porté « gravement atteinte à la personne de Monsieur Martin Boguikouma, Directeur de cabinet du Président de la République ». Il y a du boulot! Car si l’on s’amuse à prendre la presse de l’opposition pour relever les articles qui portent « gravement atteinte à la personne  » du Président de la République, le CNC se retrouverait derrière son annulaire. Mais bof, à chacun son CNC…
Il reste qu’en établissant déjà que nous avons porté « gravement atteinte à la personne de Monsieur Martin Boguikouma, Directeur de cabinet du Président de la République », le CNC a lui-même porté gravement atteinte à sa crédibilité. Normalement, ce sont des choses que l’on met dans la décision qui va nous sanctionner et non avant. A force de vouloir trop plaire et se mettre ainsi grossièrement au service du mensonge, on finit par se mettre en marge de la loi. Tout en se permettant l’impair du renversement de la République. Mais lorsqu’on veut frapper des « Riens », même le sens du cachet est soumis à la valeur rien. Et ça, c’est fait par le Secrétaire général d’une institution constitutionnelle. Hé Léon Mba! Hé Omar Bongo Ondimba! Le Gabon va où?

On espère au moins que les neuf membres ne manqueront pas de rappeler que le CNC n’est pas une juridiction et que l’appréciation des diffamatoires par voie de presse ne relève que de la seule compétence des tribunaux. Et que si le requérant n’avait réellement posé aucun acte, il se serait tranquillement rapproché des tribunaux qui auraient constaté la diffamation sans fondement. Car le CNC ne saurait devenir le refuge de tous les indélicats de la République qui fuient les tribunaux.
Jusqu’à ce que nul ne l’oublie: un document a été soustrait du cabinet du Président de la République et a été envoyé à Ping. Le fait est celui-là; le reste n’est que diversion pour chercher à noyer désespérément cet acte d’une gravité sans précédent. Si ce que nous avons dit n’est pas vrai, les tribunaux sont-là pour trancher car toute décision du CNC ne vaudra pas disculpation judiciaire et ne constituera qu’un habile échappatoire.
L’honneur et la dignité valent bien mieux que ça…

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