Nicole Assélé passe à la vitesse supérieure

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En sa qualité de ministre des Sports, elle a déposé une plainte contre la FEGAFOOT pour détournement de fonds publics. La boîte de pandore ?

Sur le plan de la forme, Nicole Assélé reste égale à elle-même. En héritant du maroquin des Sports laissé par son prédécesseur, elle est venue changer des mœurs déliquescentes. Parler de mœurs dans ce ministère relève d’un euphémisme. Car aussi loin qu’on remonte dans le temps, des cas de détournements ont été signalés. Les fédérations sont des fonds de commerce et un goulot d’étranglement pour les ligues, l’éclosion du football junior et celui des femmes.
Depuis les années 70 jusqu’à nos jours, des disciplines ont émergé et, année après année, elles ont connu heurs et malheurs. Mais sur la balance du jugement, les malheurs prédominent. Le Gabon s’est bien illustré en boxe. D’ailleurs, le noble art persiste et signe avec Taylor Mabika. L’exploit nous ramène à la belle époque de Joe Mbouroukounda et une génération de jeunes pugilistes aux gants percutants qui ont porté haut le Gabon, leur patrie. Le président Omar Bongo himself n’a pas résisté à cette boximania à la gabonaise. Il laisse éclater une passion bien connue de ses compatriotes. On a même parlé de sport d’identification du pays.

L’athlétisme a donné quelques résultats prometteurs avant de suivre la courbe descendante. Une belle championne du sprint a donné de l’espoir. On pensait avoir trouvé enfin une gazelle des pistes comme il en existe tant sur le continent. C’est plutôt le taekwondo qui s’impose, alors que les amoureux des arts martiaux racontent à satiété que le judo et le karaté, voire le jiu-jitsu, sont les premiers à imposer leurs marques à Libreville. Et le taekwondo monte au podium des JO. Au moment où il fallait porter le tocsin, il y a comme un recul. Normal, le seul Anthony ne peut seul porter les couleurs nationales à l’international alors qu’au plan domestique on s’entredéchire à la tête de la fédération…

Le foot est la honte nationale. Sport le plus prisé, il est entre les mains d’une mafia compradore parce qu’il génère beaucoup d’argent. Paradoxe saisissant. Quelles que soient les montants des allocations, le Gabon ne peut se hisser au niveau des autres pays du continent. Les Coupes d’Afrique des nations se succèdent et finissent à Mindoubé. Alors, à quoi servent les milliards injectés dans cette discipline ? Il n’est point besoin de preuve pour dresser le constat affligeant : les fonds alloués au football partent dans les poches des dirigeants. Qui sont-ils ? En amont, la FEGAFOOT, organe fédéral, la LINAFP, les clubs d’élite ; en aval, le ministère de tutelle. Dans une enquête objective, on ne peut exclure le ministère des Spots.

Les incongruités et les dysfonctionnements ont provoqué l’ire de la FIFA. Laquelle a pris ses responsabilités. Le bureau fédéral de Dieudonné Engandzas (expert de la FIFA, sic) et Moukagni Iwangou (1er VP, magistrat) balayés, un comité provisoire est instauré à la tête duquel est placé le président de la Fédération de football de l’Ogooué-Maritime. Aux observations et critiques, Engandzas restait de marbre. Pour justifier sa morgue, il invoquait son statut d’expert. L’expert, on l’a vu avant qu’il ne quitte le Gabon : l’intouchable est allé planter un village olympique à 700 kilomètres de Libreville et foigner la construction d’un complexe sportif à Bikélé (banlieue de Libreville) entièrement financé par des fonds de la FIFA. Une honte qu’a héritée le nouveau président de la FEGAFOOT. Après des négociations serrées, le nouveau président parvient à relancer le projet avec la fédération internationale…

Avant cet épisode, la sélection de football est débaptisée pour devenir les Panthères. Selon les lumières du foot version Engandzas, les malheurs de nos joueurs seraient imputable à Azingo, nom d’un lac dans le Moyen-Ogooué dont les récits recueillis par les historiens, sont jugés porteurs de malheurs. Une guerre éclate entre deux sœurs à cause d’une banane dans le pays adjumba (Lambaréné). La dispute tourne à la séparation et entraîne une partie du peuple. Il quitte le village et prend la direction de Mandji (Port-Gentil). Commence un exile émaillé de luttes fratricides entre Adjoumba et Oroungou qui se soldent par de nombreuses morts autour de deux lacs, dont l’un sera baptisé Azingo en référence à cette période douloureuse. Les faits rapportés remontent à 1904 et 1908.

Les puristes ont eu tort. La sélection d’Azingo aurait bien pu relever le défi de la CAN Orange sur notre sol. A quel spectacle avons-nous assisté ? La descente aux enfers ! Autant que l’action initiée par la ministre Assélé. Pour salutaire qu’elle soit, il y a un point noir auquel elle fait face. Avant de devenir secrétaire général du ministère, elle était présidente d’une fédération. Elle a donc géré et elle connaît les mécanismes de cette gestion. De plus, c’est elle qui a obtenu, au cabinet du ministre Loembe, que les budgets des matches de football, après leur confection, doivent passer par le cabinet de la secrétaire générale qu’elle était afin d’être validés. Le serpent ne se mord-il pas la queue ?

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