Travail de fourmi

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Mis en place avec le concours du FMI, le Plan de relance économique du Gabon boucle une série de réformes entreprises par notre pays. Au-delà, cet accord fait taire les oiseaux de mauvais augure…

Le Gabon s’y prépare depuis 2015. L’assainissement des finances publiques est la règle d’or du gouvernement en cette période de vaches maigres ou de ramadan financier. Seul regret : la non-publication de l’audit des finances publiques. Il n’empêche que tout le monde reste persuadé que cette opération épingle un nombre important de fonctionnaires en col blanc. L’instauration de hauts fonctionnaires, on leur a affublé le titre de directeurs des ressources humaines, auprès des ministères et de certaines administrations en est une preuve. Désormais, ces comptables publics doivent répondre du fonctionnement desdites administrations devant le comptable central, en l’occurrence le ministre du Budget et des Comptes publics.

Le PRE se donne  des objectifs ciblés : la soutenance des finances publiques et la viabilité de la dette publique, la gouvernance économique à travers l’amélioration de l’environnement des affaires, l’accompagnement des filières stratégiques, la restructuration des entités publiques et le renforcement des instruments de financement de l’économie, la réalisation d’investissements productifs structurels et d’infrastructures visant susceptibles de développer la capacité productive du Gabon. De fait, ces axes sont ceux sur lesquels se déploient le ministre de l’Economie et son équipe depuis quelque temps. En effet, comment ne pas saluer le travail de Régis Immongault qui, depuis son arrivée dans ce département sensible, se signale comme un artisan d’une économie de rupture. Entendu ici que le Gabon a trop souffert de l’image du ministre-fonctionnaire, c’est-à-dire celui qui se contente de signer les parapheurs. Le ministère de l’Economie et de la Prospective est pleinement dans son rôle.

Motif de satisfaction du principal intéressé. Régis Immongault : « L’avis favorable du FMI traduit la réactivité des autorités gabonaises face à une crise qui a eu des conséquences négatifs importants pour les pays de la CEMAC et une exhortation à la poursuite des réformes. En approuvant le programme présenté par le Gabon, le conseil d’administration du FMI a également voulu encourager le rôle moteur que le Gabon joue dans la sous-région sur le plan économique. Le Gabon est ainsi le premier des quatre pays de la CEMAC à conclure un accord avec le FMI en relief avec les engagements pris par les chefs d’Etat, le 23 décembre 2016, à Yaoundé. » En effet, tout est parti du sommet extraordinaire en terre camerounaise. Un sommet qui a mis le feu aux poudres…
La crise liée à la chute du prix du baril de pétrole plonge la région d’Afrique centrale dans le rouge. Sa croissance s’est effondrée (0,9%), alors qu’elle se situait à 4,6% deux ans plus tôt. Avec le PRE, le Gabon obtient un accord triennal qui ouvre la voie au Mécanisme élargi de crédit. Les fonds alloués au Gabon seront rigoureusement dépensés sous le contrôle d’experts chargés d’effectuer des missions sur place. Il s’agit, en somme, d’une assistance. Rien à voir avec le PAS de triste mémoire.

Dernier coup (raté) de poker

Y a-t-il un lien entre le courrier adressé par le chef de l’Etat français sortant et l’injonction faite par le FMI aux pays de la zone CEMAC de passer des accords sous sa tutelle ?
Le sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la sous-région à Yaoundé avait jeté un pavé dans la mare.  De Douala à Brazza, de Libreville à Ndjamena, de Malabo à Bangui, on parle de CFA. La monnaie qui fait de la résistance va, dit-on, tomber. La chute serait d’autant plus dure que l’euro, lui-même vivant des moments difficiles, pourrait être abandonné au profit du franc français. Pendant et après les assises du Cameroun, les délégations des pays de la CEMAC rassurent du mieux qu’elles le peuvent.

Les ministres de l’Economie ont fait le sale boulot. Pas de dévaluation du CFA en vue. Avec le FMI, les pays sont invités à passer des accords, des programmes spécifiques selon les cas. Au Gabon, le ministre Régis Immongault prend le soin de mettre les points sur les i. Il s’agit d’un programme d’assistance technique. « Nous ne reviendrons pas sur un programme d’ajustement structurelle des années antérieures », précise-t-il. En effet, le PAS est un programme qui a laissé des mauvais souvenirs au Gabon. Malgré les assurances du ministre de l’Economie, les mauvaises langues ne cessent de répandre des informations alarmistes. Elles sont en partie relayées par les incantations lepénistes et celles de Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) à propos du retrait de la France de l’UE et — pire — de la zone euro. Le CFA étant arrimé à l’euro, personne le prend le soin d’expliquer aux Africains ce qui adviendrait de leur monnaie en cas de retour du franc français. Catastrophe annoncée sous la forme d’un effondrement de ce diable de CFA…

Autre épisode qui échaude les pays membres de la CEMAC, l’immixtion du président socialiste sortant de l’Hexagone. Après le sommet de Yaoundé, des courriers sont adressés à des chefs d’Etat — Jeune Afrique pointe Paul Biya et Denis Sassou Nguesso — à passer des accords avec le FMI. Le ton est impérial. Les pays ciblés se sentent plus ou moins pris à la gorge, piégés. Impression fondée en ce que le président français sortant tentait de se servir du FMI comme un instrument de pression. Ou de chantage.

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